Culture du viol : le pouvoir agressant

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OMG c’est écrit « culture du viol » dans mon titre! C’est tellement provocateur! C’est juste pour le clickbait parce qu’on le sait ben que ça existe pas, la culture du viol! Pourtant, l’affaire Éric Salvail, qui vient s’ajouter à celle de Weinstein et au mouvement #metoo, matérialise clairement cette dite culture fantôme dans l’imaginaire collectif québécois. Malheureusement, il paraît qu’il fallait ça pour ouvrir les yeux de plusieurs d’entre nous qui voient leur univers rose-guimauve se bouleverser.

La bombe a explosé ce matin : Éric Salvail, l’animateur le plus divertissant et idolâtré de la télévision québécoise aurait commis des inconduites sexuelles auprès d’au moins 11 victimes. 11, c’est le nombre de gens qui ont trouvé le courage de témoigner. Dans sa maison, dans les bureaux de sa boite de prod, dans les salles de montage… tout lieu se transformait en théâtre qui présentait une comédie grotesque dans laquelle sa bite devenait apparemment la tête d’affiche. Toutes les Gaëtane et Colette en demeurent sous le choc : « Éric?! MON Éric!?!! Il a l’air tellement drôle et sympathique… J’peux pas croire! » Mesdames et messieurs, on appelle ça une image publique.

Parmi les commentaires en lien avec ce scandale que j’ai entendus aujourd’hui, un m’est resté de travers dans l’oreille : « Mais pourquoi après plus de 10 ans dans l’industrie, personne n’a jamais rien dit? » Parce que le gars est puissant et il a le pouvoir d’anéantir une carrière en un claquement de couilles. On ne fera pas l’autruche : on doit admettre que l’enjeu n’est pas simple quand l’agresseur possède les ressources nécessaires à la destruction d’une vie. Il peut licencier son souffre-douleur et rendre ses possibilités de réembauches difficiles, voire impossibles.

S’ajoute à ça l’humiliation que ressentent les victimes. Depuis la petite école, les stooleux deviennent les parias de la classe et reçoivent les coups à côté des casiers. Dans un contexte d’agression à connotation sexuelle, une entente collective vicieuse entretient la « logique » qu’une victime a couru après le trouble. Les mécanismes de nos codes sociaux rendent la dégradation des proies ordinaire et, aussi bien le dire, acceptable.

D’autant plus que dans ce cas-ci, la plupart des témoignages proviennent d’hommes. On le sait pourtant, un homme peut se défendre tout seul. Et, on ne se le cachera pas, ils en demandent du sexe! Or, l’un d’entre eux a avoué s’être restreint de poser une plainte de peur que la police ne se moque de lui et ne le prenne pas au sérieux. Il a même tenté de se convaincre que son expérience, bien qu’empreinte d’un énorme malaise, n’était pas si grave… Pardon? Salvail a clairement violé son intimité en lui exposant son sexe sans permission, en lui touchant les cheveux de manière érotique, en lui faisant des avances déplacées et insistantes… La notion de consentement mutuel a été garochée à l’autre bout de la pièce, comme sa chemise pendant un brainstorm des Recettes pompettes (c’est une image, je ne sais pas si ça c’est arrivé). Homme ou femme, tout être humain se sent vulnérable et démuni lorsque confronté à des obscénités physiques ou psychologiques.

En gros, dans le cas présent, la position d’autorité d’un pervers et l’alimentation de la culpabilité expliquent pourquoi on peut se marteler la tête à l’idée de dénoncer. Mais tout ça, c’est absurde : quand on agréait à punir une victime parce qu’elle rapporterait des actes qui méritent largement des conséquences, on accepte des manèges d’intimidation et de manipulation. Sans farce, c’est comme si on chicanait le tapis alors que c’est le chien qui a chié dessus.

Et pour vrai, faut arrêter de se leurrer : ce n’est parce que le gars est connu que ce qu’il a fait subir est pardonnable. C’est parce qu’on l’aime qu’il l’a pas fait. Que ça soit un boss sur un stagiaire, une ménagère sur un jardiner, un soûlon sur une barmaid… ces actes ne sont jamais acceptables. Personne ne devrait se faire décrédibiliser au profit de la bonne réputation d’un personnage aimé du public ou d’un individu influent dans un certain milieu.

Et pour les agresseurs qui disent « Jamais eu l’intention d’indisposer quiconque », je me permets de leur citer Marco Berardini : « Il y a une fine ligne entre la séduction et [l’agression]. Mais quand quelqu’un s’avance vers vous et que vous le repoussez, il ne devrait pas y avoir de suite. Surtout dans un contexte professionnel. »

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Crédits photos : quebec.huffingtonpost.ca

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