Lettre à mes langues

Posted on

Je valse entre deux langues. Les deux font maintenant partie intégrante de ma vie. Elles sont toujours là lorsque j’ai besoin d’elles et je sais que je peux compter sur elles pour me sortir du pétrin ou pour rencontrer de nouvelles personnes. Elles ont chacune leur personnalité,  leurs difficultés et elles changent ma vision du monde,  un mot à la fois.

Crédit photo : Julia Randall

Parfois,  j’ai plus besoin de l’une que de l’autre,  tout dépendemment du contexte ou du lieu. Elles ne sont pas jalouses,  mes langues.  Il leur arrive seulement d’être un peu rouillées si je ne les utilise pas et d’exprimer chacune à leur façon, différentes émotions ou aventures que je vis.

Toujours prêt à faire surface,  le Français me connaît mieux que personne.  On se comprend facilement et je n’ai pas besoin de faire trop d’efforts pour lui même si je sais que des fois,  je le prends pour acquis. Complexe et pleins de règles, il voudrait que j’utilise un meilleur vocabulaire et que je fasse plus attention à mon orthographe. Il est susceptible, ce Français. Par contre,  c’est à lui que je compte mes joies et mes peines et il m’aide à exprimer comment je me sens.  C’est le guide de ma pensée et il me permet d’être plus rêveuse et romantique. Le Français dirige souvent la danse et il possède un droit de veto. Je pense qu’il a un peu peur que l’Anglais lui vole sa place,  mais ne t’inquiète pas mon Français,  tu seras et resteras toujours mon premier amour.

De son côté, avec l’Anglais, ce ne fût pas l’amour dès le départ.  C’était plutôt le contraire. C’était l’enfant d’un couple d’amis avec qui on est obligé de jouer lorsqu’il vient en visite pour le souper. C’était celui qui, à l’école, était détesté par les élèves parce qu’on n’arrivait pas à le comprendre et ne pas comprendre quelque chose,  c’est angoissant. Étant déjà en amour avec le Français,  je ne voulais pas le trahir ou le vexer avec mon apprentissage de l’Anglais. Mais il a été patient et toujours présent cet Anglais, il attendait juste le bon moment pour réapparaître.

Ce qui est magnifique avec l’Anglais,  c’est sa simplicité,  sa façon d’expliquer la vie avec des mots puissants de sens, mais sans se casser la tête. C’est aussi l’idée que le futur et le passé n’existe pas,  seulement le présent et le non-présent,  ce qui met l’emphase sur le ici et maintenant. L’Anglais me permet une nouvelle façon de m’exprimer, comprise par une énorme population et me fait, par le fait même, découvrir une autre façon de voir le monde et ses cultures, un autre type d’humour et me donne accès à un réseau d’information tellement plus grand que j’aurais pu l’imaginer.  Il me permet de voyager, ce qui le met de plus en plus à égalité avec le Français.

Crédit photo : Julia Randall

C’est fou parce que le Français,  je le vois comme ma meilleure amie,  comme ma maison et la facilité que j’ai à replonger dedans lorsque je me sens seule ou juste, lorsque je suis à l’étranger et que j’en ai de besoin.

L’Anglais, lui,  c’est mon nouveau copain,  avec qui j’apprends à communiquer clairement pour bien me faire comprendre,  avec qui tout est nouveau et intéressant et qui me surprend chaque jour.

Je ne peux plus vivre sans eux et ils font chacun à leur façon,  partie inconditionnelle de ma vie.  Les connaissant quand même bien,  je sais que dans le fond,  les deux m’aiment tellement qu’ils sont contents de danser ensemble.

Crédit photo de couverture : Julia Randall

0 Commentaires

Laisse un commentaire

Ton adresse courriel ne sera pas publiée.